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Les passionnés de sport et la communauté sourde auront les yeux tournés vers le Brésil, du 1er au 15 mai 2022 : c’est là où se déroulera la 24ème édition des Deaflympics d’été. Cette compétition aurait dû avoir lieu en décembre 2021, mais elle a été reportée en raison de l’épidémie de COVID-19. Vous ne connaissez pas cet événement sportif mondial et emblématique de la culture sourde ? Nous vous disons tout ici !

Les Deaflympics : qu’est-ce que c’est ?

Savez-vous pourquoi les personnes sourdes ne participent pas aux Jeux paralympiques ? Car, elles ont leur propre compétition multisports internationale : les Deaflympics (appelés aussi Jeux olympiques des Sourds).

Cet événement a lieu tous les 4 ans avec une alternance des jeux d’été et d’hiver tous les 2 ans, comme les Jeux paralympiques. Les premiers Jeux olympiques des Sourds ont eu lieu à Paris en 1924. Il s’agit de la plus ancienne compétition après les Jeux olympiques. Les derniers jeux se sont déroulés en 2017 à Samsun (Turquie) avec plus de 3 300 athlètes venant de 96 pays et de 5 continents.

Les Jeux Silencieux mondiaux regroupent 21 disciplines : athlétisme, badminton, basket, bowling, cyclisme, course VTT, course d’Orientation, football, handball, golf, judo, karaté, lutte libre, lutte Gréco-Romaine, taekwondo, natation, tennis, tennis de table, tir de pistolet, volley, et beach volley.

Les prochains jeux vont avoir lieu à Caxias do Sul (Brésil) du 1er au 15 mai 2022. Près de 6 000 athlètes provenant de 77 pays, dont 56 sportifs français, sont attendus pour cette 24ème édition des Deaflympics.

📅 Pour visualiser le calendrier des épreuves : https://bit.ly/36IjAgC

Un peu de culture sur les JO des Sourds

Au XIXème siècle, les personnes sourdes n’étaient pas incluses dans les Jeux olympiques lorsque ces derniers ont été relancés. Afin de casser les idées reçues, Eugène Rubens-Alcais, un français sourd, et ses amis ont organisé une rencontre internationale pour les sportifs sourds en 1924 à Paris : les Deaflympics voient le jour. Cette compétition a pour but de montrer au public que les Sourds sont tout aussi capables de briller sur les épreuves, comme tout autre sportif.

Avant cela, Eugène a parcouru la France et a créé des clubs sportifs exclusivement réservés à la communauté sourde, dont le premier club de cyclisme pour Sourds.

Face au succès de ses clubs qui ont favorisé le rapprochement des Sourds dans toute la France, Eugène a également fondé la Fédération Sportive des Sourds de France. Cette étape a permis d’organiser des rencontres sportives au niveau international.

Le sport sourd connaît son apogée à l’été 1924. Eugène et Antoine Dress (fondateur de la Société Royale Sportive des Sourds de Belgique) organisent les premiers Jeux Silencieux Internationaux à Paris et créent le Comité International des Sports Silencieux (CISS), chargé d’organiser ces JO des Sourds. La 1ère édition de cette compétition a rassemblé 148 sportifs sourds, dont une femme, venant de 9 pays européens différents.

Les États-Unis participent à la compétition en 1935. Celle-ci sera suspendue pendant 10 ans à cause de la Seconde Guerre mondiale et a repris son cours en 1949. Puis en 1955, Le Comité Internationale Olympique a officiellement reconnu le CISS comme étant une fédération internationale promouvant les valeurs olympiques.

Eugène Rubens-Alcais décède le 8 mars 1963 et devient alors une figure emblématique de la culture sourde et du sport sourd dans le monde. Deux ans après sa mort, les JO des Sourds se sont déroulés pour la 1ère fois aux États-Unis en rassemblant 687 sportifs sourds provenant de 27 pays.

Pour la première fois dans le monde du sport, une femme est élue présidente du CISS en 1981. Ce comité est devenu indépendant en 1995 suite aux problèmes cumulés avec le Comité Paralympique avec lequel il était rattaché.

En 2001, cette compétition est rebaptisée « Deaflympics » (« Deaf » signifie « Sourd » en anglais), et le CISS est renommé le Comité International des Sports des Sourds. Le drapeau des Deaflympics est créé en 2003 par Ralph Fernandez, un cycliste américain sourd.

Le drapeau des Deaflympics est composé de 4 mains formant un iris au centre

Deaflympics : les conditions de participation

Les sportifs doivent remplir certaines conditions pour pouvoir participer aux Deaflympics :

  • Appartenir à une fédération nationale membre du CISS (Comité International des Sports des Sourds). À savoir que la cellule exécutive du CISS est entièrement constituée de personnes sourdes.
  • Avoir un seuil d’audition de moins de 55 décibels. Les fédérations doivent faire passer un audiogramme à leurs sportifs. Ensuite, un audiologiste du CISS doit valider ou non la participation des athlètes. Seuls les athlètes qui sont à la limite des 55 décibels doivent repasser un audiogramme. Si le sportif peut concourir, il recevra un numéro d’identification et sera exempté d’audiogramme pour les prochaines Deaflympics. Dans le cas contraire, il doit repasser un audiogramme dans 2 ans.
  • Interdiction de porter un appareil auditif ou un implant cochléaire pendant la compétition (échauffement et épreuves). En cas de violation de cette règle, l’athlète est déclaré forfait pour sa catégorie, mais il peut concourir dans d’autres catégories. S’il récidive, il ne peut plus participer à la compétition.

📄 Pour en savoir plus sur le règlement des Deaflympics : https://bit.ly/3vzDQt6

Le déroulement des Jeux Silencieux Internationaux

L’identité sourde est au cœur de cette rencontre sportive internationale :

imaginez des Jeux olympiques rythmés par des mouvements de drapeaux, des stroboscopes qui remplacent les sifflets et les coups de feu pour le signal de départ, un public qui signe des encouragements depuis les gradins, des équipes qui communiquent en langue des signes avec leur entraîneur… C’est ce qui fait la richesse des Deaflympics !

💡 Bon à savoir ! 💡

Les résultats des épreuves ne reflètent pas de classement.
En effet, la compétition entre les pays n’a jamais été l’une des vocations des Deaflympics, contrairement aux jeux olympiques.

Deaflympics : Elioz derrière l’équipe de France du volley sourd !

Elioz s’engage pour le sport sourd en devenant l’un des sponsors officiels du volley sourd français.

Les Bleus du volley sourd s’envolent bientôt pour le Brésil pour participer aux Deaflympics ! À savoir que cette équipe a terminé à une belle 4ème place au championnat mondial de volley sourd.

Les Deaflympics vont démarrer fort pour l’équipe de France du volley sourd avec un match d’ouverture contre le Brésil le mercredi 4 mai 2022 à 9:00 heure locale (14 h en France).

📽️ Vous pouvez regarder le match ici : https://bit.ly/3kaFj3P

À l’approche des Deaflympics, nous avons saisi l’occasion pour rencontrer et échanger avec Chrystel Bernou (chef de projet de l’équipe de France du volley sourd) et Sylvain Plantey (joueur de l’équipe de France du volley sourd).

Chrystel Bernou

Sylvain Plantey

Bonjour Chrystel et Sylvain, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Sylvain : je m’appelle Sylvain Plantey, j’habite à Bordeaux et je suis formateur LSF à Visuel LSF Nouvelle-Aquitaine depuis 4 ans. Et en parallèle, je fais du volley depuis 20 ans.

Chrystel : je suis Chrystel Bernou, cadre technique à la Fédération française de volley depuis plus de 20 ans. Je suis en charge du secteur volley santé et du secteur para volley où l’on développe le volley sourd et le volley assis. En plus d’être chef de projet, je suis manageur de l’équipe masculine du volley sourd et je l’accompagne dans ce cadre-là.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

Sylvain : De mes 7 à 9 ans, je faisais de l’escrime pendant 2 ans. Puis à 9 ans, j’ai fait du foot jusqu’à mes 21 ou 22 ans. Un jour, une association de volley cherchait des joueurs et m’a donc proposé d’y participer. J’ai eu un coup de cœur pour ce sport. J’ai donc arrêté le foot pour pouvoir me consacrer pleinement au volley. L’équipe de France de volley m’a recruté en 2007 et j’y suis toujours jusqu’à aujourd’hui. En parallèle, je suis formateur LSF à Visuel LSF Nouvelle-Aquitaine depuis 4 ans.

Comment avez-vous connu le volley sourd ?

Sylvain : je me souviens qu’à Bordeaux, il y avait plein d’associations sportives mais pas pour le volley. Un jour, un ami sourd a créé un club de volley sourd qui a vu le jour en 2002. Ils cherchaient des joueurs et m’ont donc proposé de les rejoindre, alors que je faisais du football. J’ai participé aux entraînements et aux matchs et je suis devenu passionné par le volley.

Chrystel : le volley sourd était sous l’égide de la Fédération handisport, jusqu’à ce que la Fédération française de volley récupère la délégation ministérielle au 1ᵉʳ janvier 2017. Et donc, c’est à partir de cette date-là que je suis officiellement en charge de l’équipe de France du volley sourd.

Comment communiquez-vous sur le terrain ?

Sylvain : en langue des signes. Mais lors des matchs, nous misons beaucoup sur le visuel, contrairement aux entendants qui se basent sur les bruits (cris, sifflet…). Par exemple, si deux joueurs sourds se rapprochent pour attraper le ballon, l’un des deux agite ses mains pour dire « laisse-moi le ballon ! ». Côté match entre joueurs entendants, le joueur crie « J’ai ! » pour qu’on lui laisse le ballon. Cette situation est plus pratique pour les joueurs entendants que pour les joueurs Sourds. Ces derniers doivent davantage se concentrer sur les signaux visuels et être en harmonie avec leur équipe. De plus, si l’entraîneur sait signer, la communication est facile. Si ce n’est pas le cas, il mime ou communique par écrit. Il arrive aussi qu’un interprète LSF soit présent pour faciliter la communication avec notre entraîneur. D’ailleurs, notre coach, Frédéric Bigler, a lui-même un de ses enfants qui est sourd. Ce qui facilite la communication et les échanges avec lui.

Quelles valeurs défendez-vous avec l'équipe de volley sourd ?

Chrystel : on est vraiment axé sur la compétition et les valeurs. C’est une discipline qui a une équipe de France qui brille à l’international. La Fédération souhaite être représentée à l’échelle mondiale via différents types de volley : beach volley, volley assis, volley sourd… La communauté sourde est mise en avant sur cette discipline. Les valeurs du volley sourd sont globalement les mêmes que celles d’un sport collectif de partage sans contact, avec en plus une mise en avant de la surdité. Le volley sourd, c’est le sport dont les gens ne font pas forcément de différence puisque c’est exactement le même sport et les mêmes règles.

Quelle est la situation du volley sourd en France ?

Chrystel : au sein de la Fédération, il y a la Commission fédérale pour les Sourds qui organise l’activité sportive pour les Sourds et le beach volley au niveau national. Cette année, on compte environ 130 licenciés. On a 16 clubs en France qui délivrent des licences pour les Sourds. Par ailleurs, on a une petite dizaine de clubs mixtes qui ont une section volley ball. Il y a deux grandes compétitions de volley sourd et de beach volley sur tout le territoire : le championnat de France et la Coupe de France. On essaye de communiquer sur toutes les activités, afin de recruter des joueurs et des joueuses.

Est-ce que c'est compliqué pour vous d'être en lien avec la communauté sourde ?

Chrystel : oui, c’est compliqué de recruter de nouveaux joueurs et joueuses sourd.e.s dans les clubs, car on part sur une base minoritaire. Ce qui est aussi difficile, c’est le fait qu’il y ait des sportifs qui ne soient pas éligibles au volley sourd par rapport à la perte d’audition. En effet, la règle internationale pour pouvoir jouer au volley sourd c’est d’avoir un seuil auditif de 55 décibels. Au niveau national, on assouplit un peu la règle et on peut prendre des joueurs après étude par la commission des joueurs. On peut valider des joueurs, des joueuses qui auraient un seuil auditif entre 45 et 55 décibels.

Est-ce que les autres pays fonctionnent de la même manière que nous ?

Chrystel : il y a une règle internationale. Et puis, il y a des règles nationales qui impliquent une certaine souplesse. Donc, je pense que les autres pays, comme nous, se fixent aussi la règle internationale. Il y a des personnes sourdes profondes, c’est-à-dire qui n’ont pas du tout d’audition, mais aussi des personnes malentendantes et qui sont appareillées. Ces personnes-là peuvent très bien jouer dans les clubs de volley en étant appareillées sans savoir qu’elles sont éligibles aux équipe de volley sourd ou pour participer aux compétitions. Mais quel que soit le pays, nous rencontrons tous les mêmes difficultés de recrutement de joueurs sourds.

Comment se passe la préparation de l’équipe pour les Deaflympics ?

Sylvain : 1 fois tous les 3 mois, on se rassemble tous pour se préparer aux Deaflympics. Nous devons aussi chacun s’entraîner physiquement au moins 2-3 fois par semaine. Notre entraîneur nous donne des programmes pour faire du gainage, des pompes, faire attention à ce qu’on mange, etc. De plus, notre entraîneur nous envoie les vidéos de nos matchs et entraînements pour remarquer nos points forts, nos points faibles, corriger nos erreurs… Nous sommes régulièrement suivis et contactés par notre coach. Son objectif est d’obtenir de bons résultats pour les Deaflympics. Si nous avons une blessure musculaire ou articulaire, il faut l’en informer pour qu’on puisse bénéficier de séances de kiné ou de soins.

Chrystel : nous étions à un stage préparation le week-end passé. C’était le dernier avant de partir au Brésil. Tout le monde est très très impatient. On a fait un bon stage ! Et puis, les joueurs trépignent d’impatience. On sait que le voyage va être un peu fatiguant. Donc on s’y prépare psychologiquement. On va arriver le 30 avril à Caxias do Sul et on va pouvoir s’entraîner le 2 et le 3 mai pour commencer les matchs le 4 mai. Il va y avoir des matchs qui vont être vraiment des matchs de haut niveau. Ça va être une belle aventure !

Quels sont vos objectifs sur ces JO des Sourds ?

Sylvain : atteindre le podium !

Chrystel : pour ma part en tant que chef de projet et manageur, vu qu’on a fini 4ème aux championnats du monde, c’est clairement le podium qui est visé. Parce-que cela va dans la continuité. Un podium, ça serait l’objectif le plus cohérent par rapport au classement des championnats du monde. Après, on ne veut pas mettre trop de pression aux joueurs. Mais oui, ce serait quelque chose qui est tout à fait envisageable. Vu nos résultats de la précédente compétition, c’est normal d’avoir un objectif supérieur, c’est logique.

Vous êtes plutôt confiant vu les résultats de la précédente compétition ?

Chrystel : on a bien tiré notre épingle du jeu sur les championnats du monde en octobre. Donc forcément, on espère faire la même chose pour les Deaflympics. D’ailleurs, On n’est pas les derniers de notre poule. Dans le classement, on est mieux placé suite aux bons résultats aux championnats du monde. On rêve alors d’avoir une bonne place aux Deaflympics. Aux JO en 2011, sous l’égide de la Fédération française de Volley, on était 15ème mondial je crois. Maintenant, on est à la 6ème place au classement mondial grâce à la 4ème place aux championnats du monde. De plus, il y a des équipes qui sont devant nous au ranking et qui ne seront pas là aux Deaflympics pour différentes raisons. Du coup, en théorie, on a vraiment un quelque chose à jouer sur cette compétition.

Quel message voulez-vous porter au public sourd et entendant ?

Sylvain : je fais de la sensibilisation sur le sport sourd auprès des enfants sourds et entendants dans les écoles. Les jeunes sont très curieux et posent beaucoup de questions. Aussi, je les encourage à faire partie d’un club sportif s’ils le souhaitent.

Chrystel : que les personnes sourdes et malentendantes nous suivent. Les Deaflympics vont être diffusés sur une chaîne locale que l’on peut avoir accès sur Internet. Parce-que finalement, peut-être que la plus grande victoire de la compétition serait que des personnes sourdes découvrent le volley sourd et s’y inscrivent ou y prennent une licence.

Quel est votre plus beau souvenir avec l'équipe ?

Sylvain : le fait qu’on soit en demi-finale aux championnats du monde l’année dernière avec l’équipe de France de volley sourd. C’était la première fois qu’on était à ce stade de la compétition. J’ai attendu 15 ans avant de pouvoir arriver en demi-finale !

Chrystel : les championnats du monde en octobre 2021 en se qualifiant à la 4ème place. C’était un beau parcours ! C’était vraiment la 1ère fois qu’on participait à une compétition au niveau mondial, sous l’égide de la Fédération française de volley. Nous avons même bénéficié du soutien de volleyeurs et d’entraîneurs célèbres pour cette compétition, ainsi qu’un peu de médiatisation avec les joueurs de l’équipe de France de volley.

On souhaite bon courage à tous les sportifs/ives français.es pour les Deaflympics, et, nous comptons sur vous pour décrocher toutes les médailles de ces jeux silencieux mondiaux ! 😊💪

L’équipe de France a brillé en remportant 9 médailles (1 en or, 2 en argent et 6 en bronze) lors des Deaflympics en 2017 en Turquie